03.08.2015, 22:30

La France pénalise la négation des génocides, la Turquie réagit

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Le texte a été approuvé par une très large majorité de la cinquantaine de députés présents (sur 577).

LOI Faisant fi des menaces de la Turquie, les députés français ont adopté jeudi une proposition de pénalisation de la contestation de tout génocide, dont celui perpétré contre les Arméniens en 1915. Ce vote a déjà suscité la colère d'Ankara, qui a rappelé son ambassadeur à Paris.

Moins de deux heures après le vote, Ankara avait déjà demandé à son ambassadeur de rentrer en Turquie. «Il part demain» (vendredi), a déclaré le porte-parole de l'ambassade.

Ankara ne décolère pas: le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a déclaré que la décision «va ouvrir des plaies irréparables et très graves dans les relations bilatérales». Et M. Erdogan d'énumérer les premières mesures de représailles: suspension des visites bilatérales et annulation des exercices militaires conjoints.

«Cette loi équivaut à une trahison de l'histoire et des réalités historiques», a condamné le vice-Premier ministre turc Bülent Arinç sur son compte Twitter, en estimant qu'elle signe «le retour en France des tribunaux de l'Inquisition».

Tout autre son de cloche du côté d'Erevan, où le ministre arménien des Affaires étrangères Edouard Nalbandian a exprimé «la gratitude» de son pays. La France «en adoptant cette loi a prouvé de nouveau qu'il n'y avait pas de prescription pour les crimes contre l'humanité et que les nier devait être puni», a-t-il dit.

La France a dit regretter le rappel par la Turquie de son ambassadeur et a assuré qu'elle accordait une grande importance à ses relations avec Ankara.

Manifestations à Paris
Le texte a été approuvé jeudi midi à main levée par une très large majorité de la cinquantaine de députés présents (sur 577), une demi-douzaine votant contre. Au même moment, plusieurs milliers de Français d'origine turque dénonçaient cette législation aux abords de l'Assemblée nationale.

La proposition de loi punit d'un an de prison et de 45'000 euros d'amende la négation d'un génocide reconnu par la loi, comme l'est depuis 2001 en France le génocide arménien de 1915 qui a fait 1,5 million de morts, selon les Arméniens.

Soutenue par de nombreux historiens et parlements mondiaux qui ont reconnu l'existence d'un génocide (dont le Conseil national en Suisse, les parlements vaudois et genevois, tout comme l'exécutif de Genève), l'Arménie considère que ces morts sont le résultat d'une politique délibérée de l'Empire Ottoman.

Ankara affirme, tout en reconnaissant la mort d'un demi-million d'Arméniens, qu'il ne s'agissait pas d'un génocide. Elle soutient que de nombreux Turcs musulmans et Kurdes ont également été tués lors de l'invasion des troupes russes en Anatolie orientale, parfois avec l'aide de milices arméniennes.

Menaces de représailles

Ankara a multiplié les pressions pour empêcher un examen du texte par le Parlement français, évoquant notamment l'exclusion des industriels français de marchés turcs et le gel de la coopération culturelle entre les deux pays.

«Ce sont des menaces en l'air», a rétorqué le ministre français aux Affaires européennes Jean Leonetti. Liée par des engagements internationaux au sein de l'UE et de l'OMC, la Turquie «ne peut pas discriminer pour des raisons politiques un pays ou un autre», a-t-il précisé.

Le texte a été déposé par Valérie Boyer, une députée du parti présidentiel élue à Marseille où vit une forte communauté arménienne. La proposition de loi devra être également adoptée par le Sénat pour entrer en vigueur, ce qui pourrait prendre plusieurs mois.

Dissonances

Sur les deux génocides reconnus par la France, celui des Juifs durant la seconde guerre mondiale et celui des Arméniens (reconnu par la France en 2001), seule la négation du premier est actuellement réprimée.
La Turquie juge que la loi a une motivation électoraliste pour s'attirer les faveurs du demi-million d'Arméniens de France lors de la présidentielle d'avril, ce qu'a démenti Paris.

Si la majorité des députés de droite et de gauche ont apporté leur soutien à la proposition de la loi, plusieurs voix dissonantes se sont fait entendre lors du débat, y compris au sein du gouvernement.


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